LE DUIT SAINT CHARLES

crédit @mairie d’Orléans

Le duit Saint-Charles est une digue empierrée et submersible qui s’étend du quai du Châtelet à l’île Charlemagne, sur la rive gauche de la Loire à Orléans. Construite entre 1829 et 1831, elle prolonge un ouvrage plus ancien — le duit d’Orléans — dont les premières traces remontent au Moyen Âge puis au XVIe siècle.

L’ingénieur Jollois en dessine les plans dès 1828, dans un contexte où l’on envisageait aussi un projet de canal resté sans suite ; les travaux se poursuivent par campagnes successives jusqu’en 1838, portant l’ouvrage à environ 1400 mètres de long en aval du pont.

Sur le plan technique, le duit illustre une ingénierie fluviale très empirique, ajustée siècle après siècle aux crues et aux besoins de navigation : maçonnerie de moellons calcaires, renforts en pierre de taille, doubles rangées de pieux, pierres sèches ou liées au mortier selon les sections et les époques. Les tronçons des années 1830 mesurent environ deux mètres de large au couronnement, pour une hauteur de 0,60 mètre au-dessus de l’étiage — un dimensionnement pensé pour rester submersible en période de crue, condition indispensable à la survie de l’ouvrage et des levées voisines.

Sa fonction : dévier le courant principal, naturellement porté à glisser vers la rive sud, en direction de la rive nord où se trouvaient les quais et les ports d’Orléans, afin de garantir un tirant d’eau suffisant pour les gabarres, toues et chalands en toute saison. Le duit sépare ainsi la Grande Loire, au nord, de la Petite Loire, au sud — dont l’ensablement progressif, favorisé par la moindre vitesse du courant, a permis l’installation spontanée d’une végétation aujourd’hui dense, transformant un ouvrage hydraulique en corridor écologique.

Au-delà de sa fonction technique, le duit a aussi servi de chemin de halage et de lieu d’abordage temporaire, comme en atteste le règlement des ports d’Orléans de 1842.

Aujourd’hui promenade appréciée des Orléanais et point de vue sur la ville et le fleuve, il accueille aussi les Fêtes de Loire ou les feux d’artifice. Fragilisé par les crues et les infiltrations, une partie du duit s’est effondrée en 2015, rendant l’accès dangereux sur environ 80 mètres ; sa restauration complète, jugée trop coûteuse, se limite depuis à des travaux de sécurisation.

Le duit Saint-Charles n’est en réalité qu’un tronçon parmi d’autres : l’ensemble de l’ouvrage s’étend en continu sur près de 5 kilomètres, de Combleux jusqu’au pont de l’Europe. Complété par étapes tout au long du XIXe siècle — notamment en 1830, 1835 et 1847 — il forme au droit des ports d’Orléans un chenal large d’environ 80 mètres. Le duit Saint-Charles en constitue la partie la plus ancienne, rattachée à la rive gauche.

Sources :

Villes et Pays d’art et d’histoire, Focus – Les bords de Loire à Orléans, circuit patrimonial (CDT45) ; Inventaire général du patrimoine culturel, région Centre-Val de Loire, notice « Digue longitudinale dite duit » et sa notice miroir sur la Plateforme Ouverte du Patrimoine ; France Bleu / ici, « Promenade interdite sur le duit Saint-Charles à Orléans » ; Mag’Centre, « La Loire, un chantier de mille ans » ; La République du Centre, « Quand la nature reprend ses droits sur les duits ».