

crédit @mairie d’Orléans
À l’endroit où le canal d’Orléans rejoint la Loire, tout près du pont Thinat, on découvre un site qui a connu de nombreux remaniements, comblements, réaménagements, démolitions — et nous parle de la façon dont la ville a successivement occupé, oublié, puis redécouvert ses berges.
Le canal, creusé à partir de 1681 sous l’impulsion du duc d’Orléans et ouvert à la navigation en 1692, reliait alors le bassin de la Loire à celui de la Seine via le Loing, pour acheminer bois et charbon vers Paris. Son tronçon final, entre Combleux et le centre-ville d’Orléans, n’est prolongé que tardivement, entre 1908 et 1921.
Dans les années 1950, les abords du canal, entre le Cabinet Vert et le quai du Fort-Alleaume, sont peu avenants : entreprises de travaux publics, extraction de sable jusque sur le plateau de l’écluse, et un usage de dépotoir sauvage qui pousse la Ville à réhabiliter l’ensemble. Les bombardements du 6 juin 1944 avaient par ailleurs gravement endommagé le mur séparant le canal de la Loire à cet endroit. La Ville saisit l’occasion de créer un bassin de natation utilisant le canal.
Une piscine à deux bassins (25 et 50 mètres) ouvre en 1951, directement au bord du fleuve — remplaçant enfin la baignade sauvage en Loire, jugée peu hygiénique. Le succès auprès des Orléanais est immédiat. Des cabines de bain (« déshabilloirs ») complètent l’équipement, qui est alors géré par l’association de natation Les Enfants de Neptune.
Mais à partir de 1970, des soucis d’administration, la concurrence des piscines couvertes de l’agglomération et des coûts de rénovation croissants précipitent son déclin. La construction du pont Thinat tout proche, achève de la rendre obsolète : elle ferme en avril 1975 puis est démolie.

archive @La république du Centre
Le comblement du canal se fait par étapes : d’abord au quai du Fort-Alleaume, avec la construction de la piscine évoquée plus haut ; puis, dans les années 1960, au quai du Roi, où le lit du canal est comblé avec les gravats des chantiers d’urbanisme, pour y aménager un jardin-promenade et un parking à poids lourds. Lorsque la piscine est détruite, les bassins sont comblés de sable. En 1983, les terres d’excavation de l’Hôtel du département finiront de combler les lieux.
Depuis les années 2000, le mouvement s’inverse. Conseil général du Loiret engage une étude stratégique en vue de rouvrir le canal à la navigation de plaisance et d’y aménager des chemins de randonnée douce, dans le cadre du programme « Loire-trame verte », et une capitainerie est construite au niveau de l’écluse du Fort-Alleaume en 2007-2008. Racheté par le département en 2021, le canal fait depuis l’objet d’un chantier d’ampleur — plusieurs dizaines de millions d’euros, écluses restaurées et automatisées, digues sécurisées — qui a notamment donné naissance à la véloroute de 78 kilomètres inaugurée en mai 2025.
Sources :
Ville d’Orléans, « Focus : faire du sport à Orléans » ; Archives municipales et communautaires d’Orléans Métropole, « Le comblement du canal d’Orléans » ; Archives municipales et communautaires d’Orléans Métropole, « Les lieux de baignade en Loire » ; Jean-Claude Chesneau / Stanis, « La piscine d’Orléans en 1960 » ; Orléans, Hier et Aujourd’hui, « Quai du Fort Alleaume » ; Wikipédia, « Canal d’Orléans » ; Wikipédia, « Projet de restauration du canal d’Orléans ».

