LE PONT THINAT

crédit @mairie d’Orléans

Le pont Thinat est le troisième pont routier sur la Loire à Orléans, reliant le quartier de la Motte-Sanguin à Saint-Jean-le-Blanc. Le projet est lancé dès le 25 mai 1971, par une première délibération du Sivom (l’ancêtre de l’agglomération), présidé par le maire René Thinat. Celui-ci annonçait alors une ouverture pour la mi-1975 — mais le chantier, retardé par sa complexité technique, une pénurie de main-d’œuvre et les caprices du niveau de la Loire, ne s’achèvera qu’en 1977. Il était envisagé alors de l’appeler: « pont de l’Espoir », « pont de La Source » ou encore « pont des Vingt et un ».

Sur le plan technique, les fondations sont d’abord consolidées depuis une plateforme flottante amarrée au pont de Vierzon (pont ferroviaire voisin), depuis laquelle du béton est injecté dans le lit du fleuve. Ce n’est qu’en juillet 1975 que les équipes attaquent la construction des arches elles-mêmes, simultanément depuis chaque rive, à raison d’environ six mètres par semaine. Le chantier nécessite aussi l’expropriation de plusieurs maisons côté Saint-Jean-le-Blanc — dont l’une où André Malraux avait vécu enfant. Le pont est finalement inauguré en février 1977, devant une foule nombreuse, pour un coût total d’environ 50 millions de francs (soit environ 7,6 millions d’euros).

Le pont prend le nom de René Thinat, maire d’Orléans de 1971 à son décès en 1978. Son mandat a marqué le visage de la ville avec de nombreuses autres constructions, notamment les Halles-Châtelet, la patinoire, le stade de football, la piscine de la Source, le théâtre et la transformation de la collégiale Saint-Pierre-le-Puellier en lieu d’exposition!

Depuis l’effondrement du pont de Gênes en 2018, les collectivités surveillent de plus près l’état de leurs ouvrages d’art. C’est dans ce cadre qu ‘Orléans Métropole détecte, sur la culée nord du pont Thinat, une fragilité liée à la corrosion des armatures métalliques d’un mur en terre armée. Deux zones sont traitées différemment à partir de 2022 : les murs latéraux sont renforcés par des clous métalliques de six mètres, une technique classique ; le mur de front, lui, plus délicat car situé sous une chaussée à fort trafic et au-dessus de réseaux d’eau potable, bénéficie d’un procédé bien plus inédit, la biocalcification.

Baptisé Biocalcis et développé par Soletanche Bachy (groupe Vinci), ce procédé consiste à injecter dans le sol une solution contenant des bactéries non pathogènes (Sporosarcina pasteurii), puis une solution nutritive qui les active. La réaction chimique déclenche la formation de calcite, qui cimente naturellement les grains de sable entre eux — transformant en quelques heures une terre meuble en une roche solide, sans les nuisances d’un chantier lourd. Le chantier d’Orléans constitue la première application de ce procédé, après un essai pilote mené à Nice en 2015. Il illustre une tendance plus large du génie civil : s’inspirer de processus biologiques et naturels pour concevoir des techniques de construction et de réparation moins invasives et plus durables.